Sylvie Bourgougnon

Créatrice Textile

Sylvie Bourgougnon

Avec sa marque Griffe de Louves, Sylvie offre une seconde vie à des stocks dormants de tissus chinés localement pour les transformer en « kimonos-tableaux » qui jouent sur les accords de motifs, de couleurs et de matières.

Grâce à son œil aiguisé, elle sélectionne et assemble des étoffes chargées d’histoires pour composer des pièces uniques, empreintes de poésie et d’émotion. Sa démarche s’inscrit dans un souci d’éco-conception, de préservation des savoir-faire locaux et de liberté d’expression créative.

Interview

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai toujours eu besoin de créer et durant mon enfance et mon adolescence, le textile a été pour moi un moyen d’expression, une activité que je partageais avec ma mère. C’est revenu plus tard à l’âge adulte, quand je me suis intéressée à la mode éco-responsable. J’ai suivi un cursus en ce sens avec Fashion Green Hub, qui m’a convaincue de l’idée d’utiliser des stocks dormants de tissus fabriqués en Rhône-Alpes.

Étant originaire d’une région textile, j’ai tout de suite vu l’intérêt d’utiliser des tissus et de la passementerie provenant de notre territoire, avec l’idée de valoriser les hommes et les femmes qui les ont fabriqués. Je ne suis pas seulement dans une démarche de créer des vêtements, mais aussi dans celle de raconter des histoires et de valoriser un patrimoine local.

 

Comment est née ta marque Griffe de Louves ?

J’ai lancé Griffe de Louves en 2022, après une longue maturation. La “griffe” est une référence à la signature d’un vêtement et les “louves” renvoient à l’idée d’un féminin pluriel, un collectif engagé et mû par la sororité.

Avec cette marque je souhaite évoquer un mode de vie différent, que ce soit dans notre rapport au temps ou à la consommation. La poésie est également très présente dans mon travail, tout comme l’éveil artistique : j’aimerais d’ailleurs renforcer les passerelles et les collaborations avec les mondes de la musique et de la danse.

Ce qui m’intéresse, plus qu’habiller les gens, c’est de leur procurer une émotion. En portant un kimono, c’est comme si on changeait de posture, d’état d’esprit, de perception de soi-même. C’est une invitation à découvrir un nouvel art de vivre.

 

D’où t’es venue l’idée des kimonos ?

Un jour j’ai trouvé des panneaux de tapissier que je ne voulais pas couper : la beauté des motifs m’a incitée à imaginer un vêtement ample pour les mettre en valeur, et j’ai pensé aux dos de kimonos qui sont comme des tableaux.

J’ai toujours porté des kimonos, pour moi ce sont des pièces qui traversent le temps. Ils répondaient à mon envie de faire des vêtements durables, c’est-à-dire confectionnés avec soin à partir de tissus de qualité et selon des coupes intemporelles.

Je cherche à travailler en proximité et en circuit court pour toutes les étapes, de la collecte des tissus à la production et à la commercialisation. Il y a quelques mois j’ai décidé de déléguer la confection des kimonos à Caroline Juy, une couturière de talent installée à Saint-Etienne. Cela m’a permis d’assurer un haut niveau de qualité tout en me focalisant sur l’amont (la recherche de tissus de collection, le design et le stylisme des kimonos) et l’aval (la communication et la vente).

 

En quoi l’association des Nouveaux Ateliers du Dorlay et le tiers-lieu la Turbine Créative ont pu t’aider dans ton parcours ?

J’ai entendu parler de l’association alors que je mûrissais mon projet. J’ai tout de suite accroché car il y avait à la fois la notion de valorisation du patrimoine textile et celle de tiers-lieu dédié à la création, c’est ce qui m’a donné envie d’adhérer.

Plus tard j’ai suivi la formation “Concevoir une collection” proposée par le Turbine Créative, qui m’a vraiment aidée à mettre de l’ordre dans mes idées et à avancer sur mon projet de manière cadrée. Et grâce au réseau de l’association, j’ai pu rencontrer d’autres créateurs et créatrices, ce qui est toujours inspirant et utile pour partager des expériences et s’entraider.

Un jour, ne trouvant pas d’atelier où m’installer à St Étienne, je me suis dit “pourquoi pas Doizieux” ? Ici il y a un tout : un atelier, un fab lab, une équipe, un accompagnement, une dynamique associative… Même le milieu rural est finalement devenu un atout : ça m’a permis de renouer avec la nature, qui est intimement liée à mon travail. Pour créer il faut être dans un certain état d’esprit, dans une sérénité que j’arrive à trouver dans les forêts environnantes. Je pars souvent en balade avec un crayon car c’est là que les idées me viennent. J’aimerais d’ailleurs développer le thème de la forêt dans mes prochaines créations.

 

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Photos © Griffe de Louves

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